__Il est tard, minuit passé, sans doute. Je rentre chez moi, difficilement, le peu que j'ai ingurgité de boisson, enfin de ce que je me souviens, n'était pourtant pas suffisant pour me rentre saoule. Pourtant je suis là, sur le trottoir, titubante, cherchant à mettre la main sur ce trousseau de clés qui dans mon souvenir était dans la poche droite de mon jean.
Prise de désespoir, et de fatigue je finis par glisser le long de cette porte derrière laquelle se trouvait l'endroit qui représentait ma vie, un appartement minable dans Paris ...
Ce qui illustrait plutôt bien d'ailleurs ce que j'étais.
Cet appartement qui ressemble à n'importe lequel, miteux, en ruine, une table au milieu de la pièce qui ne ressemblait d'ailleurs plus vraiment à une table ...
Des cendriers pleins, des factures qui s'accumulaient, des bouteilles, vides. Je sombrais.
L'aurore arrivait, j'avais passé la nuit là, seule. Transparente.
Puis Il est arrivé, s'est approché de moi, et m'a longuement regardé ...
J'ai fini par lui demander ce qu'il attendais.
Il m'a sourit et a simplement murmuré à mon oreille :
Je te cherchais, Toi !
Cet homme qui deux minutes plus tôt ignorait mon existence, prétendait me chercher ...
Son regard me troublais, mais je ne devais rien montrer!
En fait, pas seulement son regard, tout en lui me troublait!
Il semblait surgir de nul part ...
Et il me fixait, inlassablement et me faisait peur ...
Mais son charme était tel que j'étais enivrée et que je devais certainement sourire béatement ...
Mais je n'avais pas le droit!
Je devais rester impassible!
Ce dont bien sur j'allais sans doute être incapable, qui resterait de marbre face à cet homme ?
- Qu'attendez vous ? finit-il par dire.
- Je.. je ne trouve plus mes clés ... Ai-je balbutié bêtement.
- Votre compagnon ne pourrait il pas vous ouvrir ?
- Je vis seule ...
- Je vois, dans ce cas appelez un serrurier, et en attendant qu'il se déplace vous pouvez venir boire un verre avec moi si vous le désirez.
- C'est gentil, mais, pourquoi ? C'est vrai on ne se connait pas après tout ...
- Je sais, justement nous pourrions y remédier.
- Je ne sais pas trop...
- Je ne vous oblige pas mais ça me ferait plaisir que vous acceptiez, je ne vous le cache pas.
- Très bien.
Eh Merde !
Quel belle conne je faisais, j'avais juré de rester impassible, et déjà j'acceptais son invitation ...
Je ne me suis pas présentée. Je m'appelle Anna. Je suis de celle que vous avez croisé des centaines de fois dans la rue sans vous retourner et sans vous souvenir de moi...
Parce que le mot qui me correspond c'est banal.
J'ai quitté mes parents, il y a de ça 3 ans. J'ai aujourd'hui 21 ans et je ne suis rien.
J'écume les bars tel le pantin désarticulé qui était dans ma chambre quand je n'étais encore qu'une gamine.
J'ai des amis et des mecs à usage unique, qui comme moi, passent leurs soirées dans ces endroits qui nous servent à se noyer, dans le fond de nos verres. On ne se souvient plus les uns des autres.
C'est très simple, je suis un déchet.
Et là, cet homme, cet homme très beau.
Cet inconnu, mystérieux, a posé les yeux sur moi, madame tout le monde!


